04/07/2014

La fraude, le fisc et le rêve des Bisounours

Coup d’arrêt pour la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf. Après avoir conduit à marche forcée la Suisse vers l’échange automatique des informations avec les pays de l’OCDE, elle essuie un revers sur la levée du secret bancaire par les autorités cantonales.


Le Conseil fédéral refuse que le chef d’une administration fiscale puisse, en cas de soupçon de soustraction d’impôts, demander aux banques de lui fournir des renseignements.

Ce coup d’arrêt est paradoxal. Il est à la fois incohérent mais compréhensible. Incohérent parce que des autorités étrangères en sauront plus sur des comptes bancaires suisses que nos propres administrations cantonales. Logique parce que Eveline Widmer-Schlumpf, en révolutionnant la pratique du secret bancaire suisse sur la scène internationale, aurait dû laisser les acteurs locaux pouvoir souffler un peu.

Or la Grisonne adore foncer. Chez elle, ça passe… ou ça casse, comme on l’a vu avec la lex USA ou la nouvelle convention sur les successions avec la France. Et là, cela risque de casser durablement. Une initiative populaire sur la sphère privée, qui va bétonner juridiquement le secret bancaire, a été lancée par l’UDC et le PLR.

La ministre des Finances a donc grillé les étapes. Son combat contre les grands fraudeurs suisses n’en reste pas moins pertinent. Et on sourit toujours en entendant les partis bourgeois sortir les violons pour décrire cette merveilleuse confiance qui prévaut en Suisse entre citoyens et Etat, confiance qu’il ne s’agit surtout pas de briser en donnant un peu plus de pouvoir au fisc. Un monde rêvé de Bisounours qui bagatellise la fraude fiscale.

Certes, personne ne veut d’un Etat policier qui traque le moindre billet planqué. Mais personne ne veut non plus des fraudeurs à grande échelle qui trompent éhontément et sans grands risques le fisc et la société dans laquelle ils vivent.

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