09/08/2012

Les conseillers fédéraux baladent les journalistes

François Mitterrand emmenait une fois par année une cohorte de journalistes à la Roche de Solutré. Pascal Couchepin meublait le creux de l’été en traînant à marche forcée la presse parlementaire sur l’île Saint-Pierre. Cette tradition se perpétue et s’amplifie à Berne. Le Conseil fédéral balade de plus en plus les journalistes.


 

Simonetta Sommaruga, la cheffe du Département de justice et police, promènera ce jeudi les médias au zoo de Berne, au bord de l’Aar, avant de leur parler des mariages forcés dans l’idyllique réserve naturelle d’Elfenau. Quant à Ueli Maurer, le chef du Département de la défense, de la protection de la population et des sports, il ne se contente plus de faire sa course d’école de fin d’année dans l’Oberland bernois. Il est tellement content de cette formule extra-muros qu’il a décidé cette année d’organiser une sortie de presse… tous les deux mois.

Pourquoi délaisser un centre des médias avec équipement dernier cri, à deux pas du Palais fédéral, et préférer une conférence de presse dans un cadre champêtre? «L’idée est de choisir une fois par année un cadre plus détendu, pour mieux faire connaissance avec les journalistes et échanger de façon informelle», explique Agnès Schenker, porte-parole de Simonetta Sommaruga. «Et c’est l’occasion pour la presse d’avoir un contact personnel avec les chefs d’office, comme celui des Migrations.»

Mais pourquoi diable le zoo? Faut-il voir un lien entre le thème des mariages forcés et l’accouplement dirigé au parc des animaux? «Non, rigole Agnès Schenker, on cherchait plutôt une balade au bord de l’Aar avant d’aborder deux thèmes qui tiennent à cœur à la conseillère fédérale: les mariages forcés et le droit d’auteur.»

Images originales

Faire prendre l’air aux journalistes est en tout cas payant au niveau de la communication. «Les médias audiovisuels adorent cela car cela leur fait des images originales, commente Sylvia Steidle, porte-parole d’Ueli Maurer. Il y avait trois ou quatre télés différentes pour nous accompagner à la caserne de Sand (BE) lorsque le chef du département a rendu visite aux maréchaux-ferrants de l’armée.» Elle n’y voit cependant pas un simple gadget de communication. «Cela permet au conseiller de regrouper de nombreuses demandes d’interview sur un jour et de répondre en direct à toutes les questions qui se posent.» Un tir groupé efficace, selon elle.

L’exercice n’est cependant pas à la portée de n’importe qui. Car il faut pouvoir répondre du tac au tac à des questions parfois dérangeantes. Ueli Maurer, forgé au feu de la très exposée présidence de l’UDC, est rompu à la manœuvre. On voit mal un Johann Schneider-Ammann se livrer à cet exercice, lui qui lit ses notes pour une simple conférence de presse sur le prix du livre.

Le risque de trébucher

Mais même les bêtes de scène peuvent trébucher. Comme le raconte un observateur de la scène fédérale, Pascal Couchepin s’était planté sur une de ses sorties à l’île Saint-Pierre en choisissant le thème explosif de la retraite à 67 ans. Il avait défrayé la chronique et provoqué l’ébullition au Conseil fédéral.

Pour ceux enfin qui estiment que les conseillers fédéraux baladent les journalistes autrement que physiquement, on ne peut pas complètement leur donner tort. La langue de bois a progressé à Berne ces dernières années avec sa redoutable armée de communicants.

 

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Commentaires

et les médias baladent les lecteurs/rire

Écrit par : lovsmeralda | 09/08/2012

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