24/05/2012

Flinguer les initiatives victorieuses: le nouveau sport à Berne

En novembre 2010, à l’issue d’une votation passionnée, le peuple a décidé d’accepter l’initiative UDC sur le renvoi des criminels étrangers. On peut s’en réjouir ou le déplorer. Mais on ne peut pas faire comme si le vote n’avait pas existé et que son application dépend du bon vouloir de ses Excellences de Berne.

Or c’est un peu ce qui est en train de se passer. Les manœuvres dilatoires ont commencé avec une commission, mise sur pied par Simonetta Sommaruga, qui a pondu un rapport et quatre variantes l’an passé. Elles continuent hier avec une pseudo mise en consultation de deux variantes dont une, proche de l’initiative, est flinguée d’entrée par le Conseil fédéral.

On peut arguer que le Gouvernement a sué sang et eau pour trouver un compromis entre respect des droits de l’homme et respect de la volonté populaire. Mais cela ne convainc pas vraiment. On va se retrouver à la fin 2013, trois ans après l’acceptation de l’initiative, avec un texte d’application qui ne satisfait pas les initiants pourtant vainqueurs du scrutin.

Difficile de ne pas ressentir un certain malaise. Surtout que le démontage d’une initiative victorieuse tend à devenir un sport national. Prenons celle de Franz Weber sur les résidences secondaires, initiative portée cette fois par les écolos et la gauche. Elle est en train de se faire démolir par les opposants qui font tout pour la vider de sa substance. Avec quelle légitimité? On ne la voit pas très bien.

Là aussi, on peut se réjouir ou déplorer le résultat du vote du 11 mars dernier. Mais on ne peut pas faire comme s’il n’avait pas existé. Et c’est cela qui devient particulièrement désagréable. La bataille politique principale n’a plus lieu avant la votation. Elle se déroule désormais après, avec l’objectif de remettre en cause par tous les moyens un vote populaire. Faut-il aussi changer le peuple?

10:53 | Tags : criminels, étrangers, franz weber, résidences secondaires | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Excellent.

Écrit par : Pascal Décaillet | 24/05/2012

Comment vas t on s'en sortir ?

Écrit par : bol chantant | 24/05/2012

Comme journaliste parlementaire, vous auriez pu ajouter que ces deux initiatives ne sont pas les seules à avoir subi des "corrections" grâce (ou à cause ?) de l'intervention plus ou moins intellectuellement honnête de ceux qui les combattaient !

Écrit par : Michel Sommer | 24/05/2012

"de l'intervention plus ou moins intellectuellement honnête de ceux qui les combattaient !"

Cela se raèpproche plus de la malhonnêteté, pour ne pas dire de la malhonnêteté.

Peut-être faudra-t-il faire des manifestations mostres devant le Palais Fédéral, un peu à l'image des musulmans lorsque le décision du Peuple suisse ne leur convient pas!

Écrit par : Divico | 24/05/2012

En effet, vous devriez aussi parler de l'initiative de Thomas Minder, contre les salaires exorbitants qui est vidé de toute sa substance et dont on se demande si l'on va voter un jour.

Mais il y a aussi un problème de fond, savoir la formulation (trop vague) d'une initiative, ce qui permet justement de lui imposer une loi d'application qui favorise trop les opposants. Pire, l'initiative peut contrevenir aux textes régissant le droit international ou les accords bilatéraux.

Ne faudrait-il pas résoudre ces questions avant de passer au vote populaire ?

Écrit par : Paul Marbach | 30/05/2012

Compliqué... L'application est toujours complexe. D'un coté, bien heureux qu'il puisse y avoir des freins, de l'autre il faut savoir avancer.

Écrit par : Abri | 30/05/2012

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