09/02/2012

Ces Suisses allemands qui se renient en Suisse romande

Quand un Romand débarque à Zurich ou à Berne, il est généralement bien accueilli par la population. Son accent est jugé charmant, ses fautes d’allemand  sont une peccadille et sa méconnaissance du dialecte alémanique normale. Au besoin, on l’aide en français.

Changement de décor. Quand un Suisse alémanique débarque dans la région lémanique, il vaut mieux qu’il s’habille bien pour l’hiver.


Son accent est jugé horrible, ses fautes de français risibles et l’accueil du coup n’est pas franchement cordial. Il y a heureusement des exceptions mais le sentiment général qui persiste depuis des décennies est le suivant : «  Le suisse allemand n’est pas une langue, mais une maladie de la gorge »

Cette aversion a bien sûr de multiples causes. La sonorité de la langue en est une, mais c’est plus un prétexte. Derrière se cache une défense instinctive d’une minorité francophone à l’encontre d’une majorité alémanique jugée menaçante.

Pourquoi ? Parce que les Suisses allemands contrôlent les principaux leviers du pays, qu’ils soient politiques ou économiques. Ils sont donc « par nature » trop arrogants, trop bruyants, trop obtus, trop conservateurs, trop ceci ou trop cela. Il s’agit donc d’empêcher les barbares de prendre trop de place en Suisse romande.

Qu’il y ait des frottements ou des critiques entre régions linguistiques, cela n’a rien d’anormal. Plus  préoccupant, ce climat ambiant a amené nombre d’Alémaniques par le passé à renier leur langue pour s’intégrer en Suisse romande. Surtout ne pas se faire remarquer et effacer la tâche originelle. La conséquence ? Il manque beaucoup d’ambassadeurs bilingues de deuxième génération en Suisse romande pour faire évoluer les choses.

Je suis frappé du nombre de connaissances vivant à Genève qui ne parlent pas le dialecte alémanique alors qu’un de leurs parents est suisse-allemand. L’explication est souvent que la mère a renoncé à parler son dialecte à son nouveau-né pour ne pas indisposer le mari francophone « qui ne comprenait rien à ce charabia ».

D’autres évoquent la volonté des parents de ne s’en tenir qu’à une seule langue pour le bien de l’enfant. La pression sociale anti-alémanique a fait le reste.  Sinon comment expliquer que l’on trouve rarement  dans la région lémanique un enfant, dont un des parents est italien, et qui ne parle pas un traître mot de la langue de Dante ?

Ne déduisons pas de ces propos que les Alémaniques sont forcément persona non grata en Suisse romande. Les Genevois ont bien élu des politiciens comme Jean Ziegler, Ueli Leuenberger ou Maria Roth Bernasconi dont l’accent d’outre Sarine frappe l’oreille francophone. Le Département de l’instruction publique genevoise s’apprête aussi à donner un cours de sensibilisation au dialecte alémanique dans les écoles.

Les choses évoluent mais on est cependant encore loin d’une relation normale entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. Un exemple personnel. Quand j’ai été nommé correspondant parlementaire à Berne en septembre dernier et que j’ai annoncé mon intention de déménager dans la capitale, beaucoup de mes collègues genevois  ne m’ont pas félicité… mais plaint. Certains m’ont demandé, l’air peiné, si on m’avait forcé la main. Pour eux, les choses sont claires : Paris est une promotion, Berne reste une punition. 



11:52 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pourquoi, ce n'est pas le cas ? (Je parle de votre dernière phrase évidemment).

Écrit par : Stéphane Bern | 09/02/2012

Mais, cher Monsieur , votre dernier paragraphe démontre l'arrogance et la stupidité de beaucoup de monde de l'arc lémanique qui se prend pour le centre du monde.
Je connais quelqu'un qui a, comme vous, entendu un commentaire idiot sur son déménagement. Un pasteur de la région lausnnoise a postulé et obtenu de s'installer à Payerne, car il aime cette région qu'il connaissait déjà. Quelqu'un dans ses relations lui a demandé : "Quelle c... as-tu fait pour être muté dans la Broye ?"
Une preuve de plus que bien des habitants de l'arc lémanique ne savent pas que la civilisation a franchi le Chalet-à-Gobet !
J'ai habité 35 ans Lausanne, je connais donc la mentalité des habitants de cette région.

Écrit par : gamine | 09/02/2012

Bonne intervention sur une attitude infantile, niaise et ignorante.

Écrit par : Mère-Grand | 09/02/2012

Intéressant billet, en effet. Personnellement, j'aime bien entendre l'accent des alémaniques qui parlent français.Et à ceux qui prétendent qu'il est affreux, je leur réponds qu'en romandie nous avons aussi de sacrés accents simplement en parlant français, et pas toujours agréables aux oreilles, à commencer par les grandes gueules genevoises qui dans leur mentalité ressemblent presque comme deux gouttes d'eau à leurs voisins français, qu'ils détestent pourtant tellement.

Certes je n'aime pas particulièrement la sonorité des dialèctes alémaniques, mais je ne les considères pas comme une maladie. Je pense qu'en Suisse romande il y a un double sentiment d'infériorité puisque d'un côté nous sommes en minorité sur le plan national, et de l'autre parce qu'il y a un coq autrement plus imposant qui nous domine avec lequel nous entretenons une relation assez ambivalente.

Pour l'anecdote, j'ai souvent entendu parler des "casques-à-boulons" quand j'étais enfant. C'était là la manière préférée d'un membre de ma famille de parler des alémaniques, lui, ce confédéré en terre genevoise. Il entendait par là qu'ils étaient bornés et bourrés d'autres défauts. Comme cerise sur le gâteau, il n'hésitait pas à parler ainsi face à des alémaniques installés à Genève qui avaient la gentillesse de l'accueillir. Et question bouché borné, il m'a depuis clairement démontré que les alémaniques n'ont rien à lui envier.

Écrit par : Patrick | 10/02/2012

L'angle que votre billet n'aborde pas
est la latino attitude des résidents en zones francophones suisses

où il ne fait pas bon
ne pas avoir la séductrice attitude

où les mentalités anglosaxonnes & nord-continentales
sont éradiquées par une majorité

désireuse d'y imposer sa loi
pas vraiment démocratiquement aboutie
par son seul nombre.

Où il ne reste plus de suisse d'origine à Genève,
lieu où un suisse est étranger sur son lieu de travail

Quand même un comble qu'un Stéphane Bern se croit concerné ici...

Écrit par : suisse qui peut | 11/02/2012

nos cantons francophones suisses pulullent de lieux de résidence privilégiés d'expates & autres francophones en mal de gros postes

où on se retrouve en Suisse avec une minorité - de francophones,
s'accordant pour nier/oblitérer la majorité alémanique du territoire helvétique,
préférant ne pas savoir parler allemand, se targuant même d'en être incapable.

Dans ce milieu, tout individu suisse-allemand ne peut que se faire oublier

Courage à nos jeunes & stagiaires de suisse-allemande devant faire face à cet ostracisme dans nos cantons genevois & voisins!

Écrit par : suisse qui peut | 11/02/2012

Je n'ai personnellement pas d'inimitié pour les suisse-allemands. Cependant, leur accent dure ne me plaît pas tellement. La seule chose dans la prononciation qui est peut-être un peu appréciable sont les "r" roulés mais quand on sait que le terme politique, il le prononce politikkrrr, ça fait quand même bizarre comme si quelqu'un faisait un trou dans le plafond.

Concernant la mentalité, je les trouve effectivement en général trop obtus et conservateurs et même bornés voire pas très indulgents ou ouverts d'esprit pour une partie d'entre eux. De ces traits de caractère découle le fait qu'ils n'aiment pas trop les étrangers et entretiennent à leur encontre beaucoup de préjugés et reproches, de manière très étendue chez les seniors, sans que cela soit souvent justifié ou tangible, d'où leurs votes massifs en faveur de l'UDC. Ils sont aussi en général plus fermés avec les personnes qu'ils ne connaissent pas mais en général très sympathiques avec un suisse romand qui débarque; ce qui peut paraître contradictoire et que je ne sais ne comprends pas très bien pourquoi même si j'ai quelques idées. Ils ne sont pas très fans des étrangers qu'ils ne connaissent pas mais peuvent entretenir de très bons contacts de voisinage si la glace est brisée et que ceux-ci s'expriment couramment en dialecte, se mettant à employer même des familiarités. Néanmoins, plus l'étranger vient de loins et plus le contact sera difficile à se mettre en place du côté du suisse. Les étrangers fermés dans un cercle moyennement proche sont facilement ignorés, ce qui serait en général peut-être plus facile à vivre en Romandie. Non, cela ne passe pas Outre-Sarine. Chez eux, ils aiment bien parler avec ceux qui viennent d'un autre canton et qui parle un dialecte un peu différent, question d'accueil, fierté et curiosité et n'ont jamais la moindre arrogance à l'égard de ses derniers. Un des aspects que je respecte le plus chez les suisse-allemands est le fait qu'ils sont très travailleurs. Dans la rue où le romand ne connaît personne, certains suisses-allemands, selon le lieu mais particulièrement à Zurich, pourraient l'ignorer car ceux-ci portant des à prioris à l'encontre des romands. Suivant la région, il peut être noté que les plus âgés pourraient réagir de même. Pour tout le reste, je les trouve assez similaires aux romands, faisant preuve de jugeote dans les votations fédérales. Il sont courageux en général dans la vie, sincères, bienveillants, intègres, prévoyants, moins superficiels que les romands qui ne le sont pas tant que cela. Ils possèdent également les qualités de leurs défauts avec notamment la méfiance, ce qui a été utile à la Suisse entière durant les votations pour intégrer la zone Euro et fait que l'on ne les arnaque pas facilement. Ils ne sont pas plus intelligent, ni moins d'ailleurs, mais leur méfiance les rend prudents. En fait, je ne sais finalement plus si c'est de la prudence qui provoque la méfiance ou l'inverse. Je planche pour les deux en même temps. Ce que je déplore, ce sont les votes sur le minarets ou le chômage qui touche durement la suisse romande.

Pour l'avenir, avec la crise de notre époque, il faudra être prudent mais surtout sage afin de préserver les intérêts de chacuns et de manière induite, la cohésion suisse.

Personnellement, je suis né francophone mais d'origine bernoise du côté de mon géniteur mais avec clairement une mentalité suisse mais plutôt romande et même neuchâteloise (peut-être même du Nord), je dirais. En tout état de cause, je suis franchophone mais me sens beaucoup plus proche de mes compatriotes Outre-Sarine que des français. De plus, il ne faut pas oublier que les français ne sont pas un peuple avec une origine commune et leur langue. Il s'agit en fait principalement des gaulois avec des celtes, des latins, germains, des basques et peut-être d'autres contrôlés par des germains suite aux invasions barbares qui ont décidé de mettre en place dans le royaume une langue basée sur le latin crée de façon que l'on pourrait qualifiée d'artificielle. Dès lors, la position géographique de la Romandie me suggère que l'on est plus germain au niveau ethnique que gaulois ou latin de part chez moi. Tout cela pour parler du fait de se sentir un vrai suisse germain parlant le françois, oui j'ai bien dit "françois", plutôt qu'un gaulois.

Écrit par : Luc Oppliger | 15/07/2013

Je n'ai personnellement pas d'inimitié pour les suisse-allemands. Cependant, leur accent dure ne me plaît pas tellement. La seule chose dans la prononciation qui est peut-être un peu appréciable sont les "r" roulés mais quand on sait que le terme politique, il le prononce politikkrrr, ça fait quand même bizarre comme si quelqu'un faisait un trou dans le plafond.

Concernant la mentalité, je les trouve effectivement en général trop obtus et conservateurs et même bornés voire pas très indulgents ou ouverts d'esprit pour une partie d'entre eux. De ces traits de caractère découle le fait qu'ils n'aiment pas trop les étrangers et entretiennent à leur encontre beaucoup de préjugés et reproches, de manière très étendue chez les seniors, sans que cela soit souvent justifié ou tangible, d'où leurs votes massifs en faveur de l'UDC. Ils sont aussi en général plus fermés avec les personnes qu'ils ne connaissent pas mais en général très sympathiques avec un suisse romand qui débarque; ce qui peut paraître contradictoire et que je ne sais ne comprends pas très bien pourquoi même si j'ai quelques idées. Ils ne sont pas très fans des étrangers qu'ils ne connaissent pas mais peuvent entretenir de très bons contacts de voisinage si la glace est brisée et que ceux-ci s'expriment couramment en dialecte, se mettant à employer même des familiarités. Néanmoins, plus l'étranger vient de loins et plus le contact sera difficile à se mettre en place du côté du suisse. Les étrangers fermés dans un cercle moyennement proche sont facilement ignorés, ce qui serait en général peut-être plus facile à vivre en Romandie. Non, cela ne passe pas Outre-Sarine. Chez eux, ils aiment bien parler avec ceux qui viennent d'un autre canton et qui parle un dialecte un peu différent, question d'accueil, fierté et curiosité et n'ont jamais la moindre arrogance à l'égard de ses derniers. Un des aspects que je respecte le plus chez les suisse-allemands est le fait qu'ils sont très travailleurs. Dans la rue où le romand ne connaît personne, certains suisses-allemands, selon le lieu mais particulièrement à Zurich, pourraient l'ignorer car ceux-ci portant des à prioris à l'encontre des romands. Suivant la région, il peut être noté que les plus âgés pourraient réagir de même. Pour tout le reste, je les trouve assez similaires aux romands, faisant preuve de jugeote dans les votations fédérales. Il sont courageux en général dans la vie, sincères, bienveillants, intègres, prévoyants, moins superficiels que les romands qui ne le sont pas tant que cela. Ils possèdent également les qualités de leurs défauts avec notamment la méfiance, ce qui a été utile à la Suisse entière durant les votations pour intégrer la zone Euro et fait que l'on ne les arnaque pas facilement. Ils ne sont pas plus intelligent, ni moins d'ailleurs, mais leur méfiance les rend prudents. En fait, je ne sais finalement plus si c'est de la prudence qui provoque la méfiance ou l'inverse. Je planche pour les deux en même temps. Ce que je déplore, ce sont les votes sur le minarets ou le chômage qui touche durement la suisse romande.

Pour l'avenir, avec la crise de notre époque, il faudra être prudent mais surtout sage afin de préserver les intérêts de chacuns et de manière induite, la cohésion suisse.

Personnellement, je suis né francophone mais d'origine bernoise du côté de mon géniteur mais avec clairement une mentalité suisse mais plutôt romande et même neuchâteloise (peut-être même du Nord), je dirais. En tout état de cause, je suis franchophone mais me sens beaucoup plus proche de mes compatriotes Outre-Sarine que des français. De plus, il ne faut pas oublier que les français ne sont pas un peuple avec une origine commune et leur langue. Il s'agit en fait principalement des gaulois avec des celtes, des latins, germains, des basques et peut-être d'autres contrôlés par des germains suite aux invasions barbares qui ont décidé de mettre en place dans le royaume une langue basée sur le latin crée de façon que l'on pourrait qualifiée d'artificielle. Dès lors, la position géographique de la Romandie me suggère que l'on est plus germain au niveau ethnique que gaulois ou latin de part chez moi. Tout cela pour parler du fait de se sentir un vrai suisse germain parlant le françois, oui j'ai bien dit "françois", plutôt qu'un gaulois.

Écrit par : Luc Oppliger | 15/07/2013

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