16/12/2011

L’UDC doit imiter le PS pour revenir dans le jeu politique

L’UDC se réveille avec la gueule de bois. Le plus grand parti de Suisse ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive. Alors qu’il présentait pour une fois deux candidats modérés au Conseil fédéral en chantant depuis des semaines « concordance, concordance », il se fait sèchement envoyer dans les cordes lors des élections du Conseil fédéral. Une humiliation qui ne doit rien au hasard mais qui est un aboutissement logique des erreurs stratégiques du parti et de la tactique victorieuse de ses adversaires.


Que s’est-il passé exactement ? L’UDC paie simplement la facture de 2003, l’époque bénie pour elle où elle était en pleine croissance, où elle dictait ses conditions à des partis tétanisés par son succès et où elle avait toujours un coup d’avance. Cette époque est terminée. Elle a pris fin avec l’éjection de Christoph Blocher en 2007, une opération menée dans le plus grand secret par le PS et le PDC, et qui a donné le signal de la revanche.

Au lieu de prendre la mesure de ce changement et de s’apercevoir qu’une coalition de centre-gauche était en train de se mettre durablement en place contre elle, l’UDC n’y a vu qu’un simple accident  de parcours dû à la personnalité explosive de Blocher. Or le problème, n’est pas Blocher, ni Widmer-Schlumpf mais l’amateurisme avec lequel l’UDC s’engage dans des élections majoritaires. Elle y va le sabre au clair, pratiquement sans alliés comme on l’a vu lors des élections du Conseil des Etats et pleurniche à l’injustice quand la coalition adverse lui donne la fessée.

Si l’UDC veut prendre la mesure de sa défaite, elle n’a qu’à regarder le bilan du parti socialiste,  son pendant à gauche. Celui-ci sort de la bataille des élections fédérales dans une forme resplendissante. Il a gagné des sièges au National, cartonné aux Etats en se hissant au niveau du PLR et du PDC et il a très facilement bétonné ses deux sièges au Conseil fédéral tout en savonnant habilement la planche à l’UDC. Un sans-faute.

L’UDC va devoir rapidement se remettre en question si elle veut retrouver un second siège au Conseil fédéral. Car tout indique que son ostracisme va durer. La coalition de centre gauche ne fera dans quatre ans aucune fleur au parti nationaliste. Le PS répètera la main sur le cœur que « l’UDC a en principe droit à deux sièges » avant de trouver une raison quelconque (opposition aux bilatérales, soutien à l’énergie nucléaire, profil des candidats, etc.)  pour s’y opposer.

L’UDC peut-elle se sortir de l’impasse où elle s’est fourrée ? Peut-elle engranger des succès dans les scrutins majoritaires sans perdre sa force de frappe dans les votations ou les élections proportionnelles ? C’est difficile mais possible comme le montre l’exemple du PS. Ce dernier poursuit une double stratégie : politique marquée à gauche dans les votations et les parlements, politique pragmatique et consensuelle pour les exécutifs et les scrutins majoritaires. On ajoute à cela une alliance serrée avec les Verts et la stigmatisation de l’UDC pour diviser la droite, et on obtient le cocktail gagnant.

L’UDC doit s’inspirer de son frère ennemi pour revenir dans le jeu politique. La recette du succès : des idées carrées, des notables modérés, une stratégie d’alliances et un adversaire clairement identifié. Pour le premier point, pas de gros effort à faire. Les campagnes contre les criminels étrangers, les bilatérales ou la hausse de la fiscalité continuent de marcher en votation. Un parti aussi qui fait 26 % des voix aux élections nationales, un score qui ferait rêver n’importe quelle autre formation, n’a pas de vrai problème sur ses thèmes de base.

Le parti nationaliste a en revanche un gros problème avec ses alliés de droite, qu’il insulte ou menace régulièrement. On l’a encore vu mercredi avec l’attaque grotesque contre le siège PLR ou les sorties vengeresses contre le PBD. Un comportement pubertaire qui lui aliène ses alliés naturels. C’est là qu’il faut reconstruire, et cela demandera du temps vu la vaisselle cassée.

Pour les scrutins majoritaires, Conseil fédéral compris, l’UDC va devoir former ses futurs notables  à l’instar d’un Berset au PS: consensuel sans être mou, pugnace sans être agressif, dépositaire des idées du parti tout en étant ouvert au compromis.  Nouer des alliances avec ses cousins bourgeois, présenter des candidats modérés et n’avoir comme seul adversaire la gauche, voilà qui s’apparente à une révolution culturelle pour l’UDC. On verra ces prochaines semaines  si le parti conservateur va dans cette direction ou préfère mettre la tête dans le sable et continuer à dire qu’il est victime d’une grave injustice.

 

 

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