10/06/2011

La peur est un excellent carburant pour les élections

Un médecin genevois m’a dit une fois à peu près ceci. «Qu’est-ce qui fait qu’un patient change son comportement pour préserver sa santé? Qu’est-ce qui fait qu’il va accepter d’arrêter de fumer ou de manger gras (ou sucré) du jour au lendemain?» A l’époque, j’ai dû répondre que c’était le fait d’avoir acquis la certitude que son nouveau comportement lui assurerait une vie plus longue et meilleure.


Le médecin a secoué la tête en entendant cette gentille explication rationnelle. «Vous n’y êtes pas. Ce qui est le plus efficace pour faire changer un comportement à un patient, c’est la peur. Celle qu’il a ressentie après un infarctus ou un diagnostic positif du cancer.» Apparemment, conseiller à froid à quelqu’un de changer radicalement son mode de vie est très difficile s’il n’a pas eu une grosse alerte négative au préalable.

La politique a compris depuis longtemps que la peur était un des ressorts fondamentaux de l’être humain. Et les partis ne se privent pas d’en jouer pour faire triompher leurs idées. Les votes populaires les plus disputés se transforment souvent en un match entre deux angoisses. La célèbre initiative sur l’interdiction des minarets opposait ainsi la crainte du développement de l’islam intégriste à celle de la mise à ban de la Suisse pour discrimination religieuse et racisme.

Nous sommes à quelques mois des élections fédérales. On peut affirmer sans grand risque de se tromper que les partis vainqueurs seront ceux qui auront senti et exploité au mieux les angoisses du moment tout en proposant une solution. Bonne ou mauvaise d’ailleurs. Cyniquement dit, la peur est en effet un excellent carburant électoral.

A ce petit jeu, nous voyons pour l’instant deux vainqueurs: les Verts (Verts libéraux compris) et l’UDC. Les premiers ont profité à plein de l’accident de Fukushima. Ils ont agité le spectre d’une possible catastrophe en Suisse et demandé la fermeture rapide des centrales nucléaires. Conséquence: des gains électoraux immédiats pour les Verts aux cantonales de Zurich, Bâle et Lucerne. Quant à l’UDC, elle continue de labourer la peur de l’étranger en variant le menu. Avant c’était l’afflux des requérants d’asile, aujourd’hui c’est l’invasion des Européens qui prennent des emplois, des logements et… des places dans les trains.

Les autres partis, à l’instar du PLR sur l’excès de bureaucratie ou du PS sur la classe moyenne paupérisée, n’ont pas réussi à imposer leur peur à l’agenda. Ils sont donc contraints de se positionner sur les angoisses du voisin pour en limiter l’impact électoral.

10:09 Publié dans politique suisse | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je suis presque entièrement d’accord avec cet article, c’est juste dommage qu’il provienne d’un…représentant des médias.

N’est ce pas, en effet, la presse qui a compris la première à quel point la peur fait vendre ?

Il n’y qu’à voir le nombre d’articles et autres dossiers consacrés quotidiennement ou presque à l’insécurité, aux cambriolages, à la violence urbaine, à l’exploitation de faits divers sordides, etc. pour s’en convaincre.

Alors oui, la peur est une arme politique autant que…médiatique !

Écrit par : Vincent | 10/06/2011

Mais oui, mon cher Arthur, la peur est un excellent carburant pour les politiciens. Deux autres leviers sont nécessaires pour parfaire le contrôle social (hormis les psychotropes légaux): la culpabilisation...et la sanction !
Nous nous sommes permis de commenter ces antiques ruses pour mater la tourbe, toujours prompte à marcher hors des "clous":

http://lesdissidentsdegeneve.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=1920:la-peur-est-un-excellent-carburant-pour-les-elections-le-blog-darthur&catid=1:nouvelles-quotidiennes

Écrit par : jaw | 10/06/2011

ah ces braves politiciens qui oublient trop souvent que ceux ayant pu jouir de l'enseignement Prussien savent très bien ce qu'il advint de ceux qui croyaient pouvoir maintenir par la peur des centaines d'élèves ,parmi eux nombreux furent ceux qui avant de partir en secondaire suspendirent les maitres et maitresses par les pieds aux fenêtre du collège, ceux-là sont vaccinés et ne croient pas les yeux fermés aux belles paroles de ceux qui dés leurs discours faits de spéculations en tous genres partent en vacance se reposer mais chapeau pour eux ,comment font-ils pour vivre aussi sereinement après avoir essayé de manipuler une partie de l'électorat!

Écrit par : lovsmeralda | 10/06/2011

La peur est parfois surfaite, mais elle est aussi parfois bien fondée.
L'insécurité actuelle n'est pas une peur, c'est une réalité.
L'immigration massive avec ses conséquences sur notre société, ce n'est pas une peur, c'est une réalité.
Les problèmes liés aux énergies, notamment le risque d'accident nucléaire, ce n'est pas non plus une peur, c'est une réalité.
Il y a ceux qui jouent sur la peur pour être élus, c'est vrai, mais il y a ceux aussi qui jouent sur la dénonciation de ce jeu pour être aussi élus. Pire, il y a ceux qui nient l'existence de la réalité des enjeux pour être aussi élus, et ceux-ci sont les plus nombreux. On en voit d'ailleurs les conséquences actuellement.
Le déni n'apporte aucune réponse à nos défis.

Écrit par : Bob Pahud | 27/08/2011

Billet vraiment bien mené, avec un style bien intéressant. Je viendrais lire les autres! A très vite ;)

Écrit par : Gagner au loto | 05/11/2011

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