06/04/2011

Sandrine Salerno: portrait d'une rose avec épines

Martine Brunschwig Graf s’est-elle réincarnée préventivement au Parti socialiste? C’est la question qu’on se pose parfois quand on entend parler la maire Sandrine Salerno. Il y a chez les deux femmes cette même force, cette même impatience et, disons-le, ce même petit côté maîtresse d’école. Elles sont tellement persuadées de la justesse de leur mission qu’elles prennent leur public pour des disciples à qui il s’agit d’inculquer, de gré ou de force, la bonne parole.


«Maîtresse d’école», le qualificatif qui circule au Conseil municipal, fait hurler le président du PS Ville, Grégoire Carasso. «C’est dénigrant. Cette appellation émane de gens faibles qui n’aiment pas la confrontation d’idées. Salerno est courageuse, engagée et volontariste, mais elle a aussi une grande capacité d’écoute.» Avant de voir si cet avis est partagé, remarquons d’emblée une évidence: Salerno est une femme qui polarise. Il suffit de lâcher son nom pour que les émotions affluent chez les interlocuteurs. Les uns la trouvent remarquable, les autres agaçante… pour utiliser un euphémisme.

"Un sacré bordel"

Les émotions, Sandrine Salerno en a aussi eu son lot en reprenant le Département des finances. Comme elle l’avoue, elle n’a pas poussé un grand «yes!» de satisfaction en succédant à Pierre Muller. Et pour cause. Comme le dit un élu, elle a dû se coltiner «la pétaudière libérale». Face aux dysfonctionnements, elle a commencé par couper des têtes et a nommé des cadres qui, en majorité, tiennent la route, à l’instar de Sylvie Bietenhader à la Gérance immobilière (GIM). «Elle a beaucoup bossé, reconnaît l’élu UDC Jacques Hämmerli, car elle a trouvé un sacré bordel. Elle a aussi eu la chance de pouvoir compter sur le meilleur haut fonctionnaire de la Ville, Philippe Aegerter.».

Fonceuse, elle n’a pas eu peur de prendre des coups pour modifier les loyers de la GIM en fonction du revenu et de l’occupation des pièces. Elle a pris des risques en engageant la socialiste à la dérive Valérie Garbani qui s’est révélée être une excellente juriste et se tient à carreau côté bistro. De nombreux services ont été modernisés, avec des économies à la clé, comme pour la centrale d’achats. La dette de la Ville a aussi fondu de 430 millions.

Salerno peut difficilement masquer ses origines siciliennes. Elle a un tempérament latin marqué, comme le souligne la conseillère Maria Pérez (EàG). «Elle est charmante, chaleureuse, pugnace mais elle peut aussi se révéler autoritaire et cassante.» «Cassante», c’est le même mot qui revient dans la bouche du Vert Alexandre Wisard. «Elle manque de rondeurs et de capacité d’écoute.» Un autre reproche est formulé par une femme cadre: «Ce qui est infernal avec Salerno au niveau interdépartemental, c’est qu’elle politise tout, voit des pièges partout et joue des coudes pour s’assurer un maximum de visibilité médiatique.» Il lui arrive aussi d’attraper la grosse tête en parlant d’elle-même à la troisième personne. Comme lorsqu’elle est arrivée en retard à une séance et s’est exclamée: «La magistrate est là, on peut com­mencer.»

Une grossesse militante

Personne ne conteste la compétence et l’autorité naturelle de Salerno, mais Olivier Fiumelli (rad) regrette qu’elle n’habite pas la fonction de magistrat et qu’elle reste une éternelle militante: «Ce n’est pas une rassembleuse. Chez elle, tout devient militant: sa grossesse, son blog, son féminisme, son soutien aux clandestins et au langage épicène.» Et elle adore donner des leçons à la terre entière, et au canton en particulier.

En couple avec le conseiller national PS Carlo Sommaruga, Salerno ne récuse pas cette politisation à outrance. Au contraire. Pour elle, c’est un moyen de montrer aux gens qu’il n’y a pas un ordre établi ad vitam aeternam mais des choix à opérer et des combats à mener. Une conception qui passe très bien au PS. Elle ne craint pas de se soumettre à la critique au sein de son parti qu’elle fréquente plus assidûment que Manuel Tornare. Cela n’en fait pas une simple championne de la chapelle socialiste. Son enthousiasme, sa connaissance des dossiers et son sens de la repartie passent également très bien en public, comme on l’a vu lors du débat de la Tribune de Genève à Uni Dufour.

Sandrine Salerno n’a aucun souci à se faire pour sa réélection le 17 avril. La seule question est de savoir si elle décrochera la première place du Conseil administratif. Va-t-elle dès lors garder le Département des finances? Sa réponse n’est pas claire. Pour une fois, l’amazone militante garde sa munition en réserve.

 

10:27 Publié dans Genève | Tags : salerno, geneve, politique | Lien permanent | Commentaires (13) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je suis sûr et certain que Genève a un(e) juriste aussi capable que Valérie Garbani, qui plus est au chômage ...

Qu'elle retourne chez elle à Neuchâtel !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/04/2011

La remarque sur le fait que Mme Salerno parle d'elle "à la troisième personne" est infondée. Je la cotoie régulièrement et elle tout l'inverse.

Si elle respecte la fonction de Conseillère administrative de la Ville de Genève et place de grandes exigences dans la fonction, elle est aussi d'une modestie et d'une simplicité qui fait qu'elle n'a même pas pu se douter un instant que sa blague ("la magistrate est là, nous pouvons commencer") pourrait être prise comme le fait de parler d'elle-même à la troisième personne.

Écrit par : Félicien | 06/04/2011

@Victor DUMITRESCU
"Qu'elle retourne chez elle à Neuchâtel !"
Et vous, d'où venez vous avec votre nom à consonance si helvéthique ?

Écrit par : picolo | 06/04/2011

Je n'ai en aucun cas, picolo, bénéficié de copinage comme la socialiste Garbani.
Je suis sur qu'elle est dépayssée à Genève, qu'elle se sent seule ... etc.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/04/2011

@Victor Dumitrescu, madame Garbani est très bien dans votre canton ,qu'elle y reste les Neuchatelois l'ont déjà remisée à la Conciergerie,et tant mieux le son de la guillotine pour un temps s'est calmé,aussi préservez le sommeil du Roi qui pour un temps s'est assoupi, surtout gardez madame Garbani si gente dame à ses heures,et pour qui le désire évidemment!

Écrit par : lovsmeralda | 06/04/2011

Salerno-Garbani même combat, c'est du copinage d'incompétence!

Cela dit madame Salerno est contre les camérats de surveillances, elle le dit bêtement et donne en plus des prétextes stupides pour expliquer leurs absences, partout dans la ville!

En moins d'une semaine, ces camérats ont permis de résoudre 2 affaires d'agressions en région parisienne, dont une mortelle!

L'une à Noisy le Sec et l'autre à Antony, dans les 2 cas, on a réussit en un temps record à arrêter les coupables, et a comprendre comment les choses s'étaient passées!

Mais ces petits détails sont sans importance pour madame Salerno, qui campe sur ces certitudes!

Ne dit on pas qu'il n'y a que les imbéciles qui ne change pas d'avis?

Saleté et délinquance sont aujourd'hui les 2 principaux problèmes genevois, parlez en aux citoyens qui tous les jours passent au centre ville, et voient: les joueurs de bonneteau, la saleté, les poubelles qui débordent et qui se font en plus, voler dans les trams et les bus!

Genève est vraiment une ville maudite!

J'ai vu miss Garbani sur un banc au centre ville, elle avait piteuse mine!

Écrit par : domiiniquedegoumois | 06/04/2011

@félicien

Pourquoi ne dites-vous pas que vous êtes le chargé de communication du Parti Socialiste ? Donc que vous êtes payé pour faire la communication de ce parti et de Mme Salerno ?

Écrit par : Bob | 06/04/2011

@ Victor DUMITRESCU

Pas trop dur de porter un nom étranger dans un pays où la droite dure est ultra dominante ? Je vous plains.


@ degoumois

Quand on vous lit, on ressent la compétence, la hauteur de vue, le souci de la nuance, le travail de documentation, la maîtrise de soi aussi, la générosité avant tout. Merci pour l'exemple que vous donnez à la jeunesse, aux parents en détresse et aux enseignants.


Anke

Écrit par : destraz | 07/04/2011

Sandrine Salerno ressemble a son idole Ruth Dreifuss. C'est une femme un peu ronde qui a des idées carrées!

Écrit par : Jmo | 07/04/2011

Ruth Troispieds est reconnaissable à sa moustache !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 07/04/2011

@ ANKE

Non, non, non, j'en fais partie de l'UDC ...j'ai été même conseiller municipal !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 07/04/2011

Chère Anke!

(Vous même portez un prénom germanique, ne nous faites vous pas un de ces petits complexes post-39-45, ils sont très populaires à gauche dans ce pays, où on aime tellement pleurnicher sur le passé!?)


Vous irez faire vos commentaires désobligeants aux parents des jeunes victimes dont je parle plus haut!

Je ne suis pas comme vous ma p'tite Dame, vendu aux politicards de gauche, vos patrons et copains!

Je pense que vous devez être une politiciennes hors paires, mais surtout autour de la machine à café, avec les biscuits de la Migros, où vous devez passer vos matinées, et une partie importante de vos après midis!

Je vois que vous avez de la peine à signer complètement vos propos, c'est là toute la différence qu'il y a entre nous!

Je me promène beaucoup dans Genève, cette ville, n'a jamais été aussi sale et aussi dangereuse, et les politiciens de gauche en sont très largement responsables!


Cher @JMO Salerno a surtout un salaire qui n'a rien à voir avec ces compétences, mais on peut en dire autant de tout le gouvernement. A Genève on est franc maçon, ça remplace toute autre formation, allez faire un tour au cimetière des Rois, c'est édifiant!

Avec plus de 10'000.- de retraite par mois, cher Victor, elle a les moyens de la faire épiler, sa moustache, MAM Ruth!

Nos 4 larves de gauche sur l'affiche, on dirait vraiment une pub pour du Lexotanil!

Et on a pas entendu de commentaires féministes aux propos du sociologue
Marwan Mohammed

"Les femmes appartiennent aux mâles du groupe!"

concernant l'affaire de Noisy le Sec, ref le Matin 5-4-2011 p14, ça a du les scier toutes ces drôlesses!

En Allemagne de l'Est des gens ont été suppliciés par la stasie jusqu'à la chute du mur, on semble l'oublier à gauche, chère Anke!

Écrit par : dominiquedegoumois | 07/04/2011

@ degoumois

Entre Le Matin et vos virées au cimetière, ça ne m'étonne pas que vous déprimiez.

Achetez-vous un chien et promenez-vous près du Jardin de la Paix, ça usera votre jalousie et vous ouvrira à de meilleurs sentiments.

Surtout, éviter de lire Le Temps d'aujourd'hui! On redécouvre les visages et les parcours des conseillers administratifs de Lausanne. Deux verts, un popiste, pardon un extrême gauche, deux socialistes mi trentenaires à qui on promet un avenir de syndic et un plr bon teint.

Je crains que les blogs ne vous suffisent pas pour calmer votre frustration décuplée par cette lecture, alors offrez-vous un verre de Porto avec des petits biscuit de la Migros. Böden bis zu!

Écrit par : destraz | 08/04/2011

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