01/10/2010

Christian Levrat ou le cocu magnifique

Christian Levrat ou le cocu magnifique. Tel était le titre de la pièce de théâtre qui se jouait lundi sur la scène fédérale. Dans le rôle-titre: le président du Parti socialiste. Magnifique. On y voyait la douleur de l’homme trahi, trompé par sa douce moitié radicale, le Florentin d’opérette Fulvio Pelli. «Menteur!» s’époumonait à tue-tête Levrat à l’adresse du président radical. Une mélodie qui à défaut d’être juste ne manquait pas de coffre.

Pourquoi un tel drame? Parce que l’égérie des consommateurs suisses, la socialiste Sommaruga, a été forcée de reprendre le mal aimé Département de justice et police alors que le radical Schneider-Amman s’est approprié l’Economie. Christian Levrat, qui s’était uni à Fulvio Pelli il y a quelques semaines pour assurer en douceur la succession Leuenberger et Merz au Conseil fédéral, ne s’attendait pas à une telle gifle. Rouge de colère, il traite aujourd’hui son ancien partenaire de menteur, accuse le centre droit d’arrogance, crie au consensus perdu et voue Eveline Widmer-Schlumpf aux gémonies.

C’est passionné, c’est touchant, mais c’est surtout d’un comique achevé.


Tous les arguments du cocu en colère peuvent se retourner contre lui. D’abord on comprend mal comment Levrat peut évoquer un pacte entre partis sur la répartition des fauteuils au gouvernement alors que cette prérogative appartient aux seuls conseillers fédéraux. Ensuite, il peut difficilement se lamenter sur la perte de consensus et l’accaparement du pouvoir par un centre droit affaibli électoralement. En 2007, le PS a perdu les élections et l’UDC les a gagnées. Cela n’a pas empêché le parti à la rose de préparer dans le plus grand secret un complot pour déboulonner Blocher. C’est lui qui a mis sur pied la candidature torpille Widmer-Schlumpf avant de la vendre au PDC. On ne peut donc pas jouer les comploteurs un jour et la victime innocente le jour suivant.

Le plus drôle dans cette affaire, c’est que le Parti socialiste est puni par celle qu’il a enfantée au gouvernement. En voulant changer de département, Widmer-Schlumpf a en effet provoqué le vote final qui a envoyé de force Sommaruga au Département de justice et police.

Politiquement, que faut-il retenir de ce vaudeville? D’abord que la composition du Conseil fédéral est de plus en plus instable. A droite, on a une UDC sous-représentée au gouvernement et qui se tient en embuscade, comme l’a démontré le bon score de Jean-François Rime. A gauche, on a des socialistes sonnés qui viennent de comprendre qu’ils sont minoritaires et traités comme tels. Au centre droit, on a des partis qui jouent les caïds pour sauver leurs sièges et choisir les «bons» départements. Le problème pour eux, c’est qu’ils perdent des voix et s’affaiblissent.

Qui dirigera la Suisse en 2011? Probablement le pôle centre droit continuera-t-il à profiter encore de sa rente de situation au milieu de l’échiquier politique. Mais une surprise n’est pas totalement à exclure. Imaginons que les deux grands partis frustrés (UDC, PS) fassent pour le Conseil fédéral une alliance de circonstance. Bonjour les dégâts au centre droit!

05:36 Publié dans politique suisse | Tags : levrat, socialiste, conseil fédéral, suisse, pelli | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

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