14/01/2011

Les dérives de l’Etat et la loi du silence

Vous êtes fonctionnaire à l’Etat ou à la Ville de Genève. Vous êtes témoin d’un dysfonctionnement majeur dans votre service. Vous attirez l’attention de votre hiérarchie sur ce gaspillage des deniers publics. Rien ne se passe. Au contraire, les dérapages continuent de plus belle. Que faites-vous? Par réflexe citoyen, vous décidez de porter l’affaire sur la place publique. Vous contactez un journaliste de la Tribune de Genève , lui apportez les preuves de la gabegie et vous réclamez bien sûr le droit à l’anonymat. Qui vous est garanti. L’article sort, il fait du bruit, les politiques s’émeuvent et les magistrats corrigent les graves manquements. Tout est bien, qui finit bien.

Voilà pour la théorie. En pratique malheureusement, cela ne se passe pas toujours ainsi. Car l’Etat peut se montrer impitoyable.


Deux femmes fonctionnaires ont payé cher à Zurich le fait d’avoir parlé à la presse. Elles ont perdu leur emploi et ont été condamnées cette semaine en 2e instance du Tribunal pour violation du secret de fonction.

Ce jugement, disons le tout net, est assez scandaleux. Car ces deux femmes, chargées du contrôle financier interne, ont agi pour le bien public en dénonçant des abus criants couverts par le Département social. Il y régnait un tel laxisme qu’un bénéficiaire de l’aide sociale a même pu s’acheter… une superbe BMW. Lassées par l’inaction de leur magistrate, les deux dénonciatrices ont fait éclater l’affaire au grand jour dans la Weltwoche . Mal leur en a pris. Exposé sous une lumière trop crue, le Département social a alors traqué non pas les abus mais le «traître» qui avait remis des documents à la presse. Les deux femmes ont été démasquées. Seule consolation: la magistrate Monika Stocker a été acculée à à la démission et son département a dû se réformer.

On comprend certes que l’Etat puisse défendre l’importance du secret de fonction. Le problème, c’est qu’il en abuse. On le voit à Genève avec une application poussive de la Lipad, la loi sur la transparence. Elle peine à s’imposer face à la loi du silence ou de l’information orientée. Les magistrats et les hauts cadres de l’administration préfèrent généralement contrôler l’information, soit par des communications officielles, soit par des fuites ciblées. Le seul progrès notable qu’il y a eu ces dernières années, c’est l’arrivée de la Cour des comptes. Celle-ci sort au grand jour des dysfonctionnements que l’Inspection cantonale des finances gardait autrefois secrets.

11:20 Publié dans Etat | Tags : etat, transparence, jugement, zurich | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

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