12/11/2010

Comment traire les riches suisses sans les ruiner

Les riches sont-ils une caste néfaste qui s’engraisse sur le dos du bon peuple ou sont-ils un moteur indispensable qui assure in fine la prospérité économique de tous? Le débat resurgit à chaque fois qu’un impôt sur les gros revenus ou les grandes fortunes est proposé au vote. Et c’est le cas le 28 novembre prochain, où le souverain devra se prononcer sur l’initiative socialiste qui demande «des impôts équitables et la fin des abus de la concurrence fiscale entre cantons».

La bataille fait rage depuis des semaines. Le camp du oui fustige les Vasella, Ospel and Co pour attiser la colère populaire et faire accepter l’initiative. Le camp du non brandit le spectre d’une hausse générale des impôts pour effaroucher les électeurs.

Qui va l’emporter?


Sur les questions de taxation des riches, la gauche a perdu beaucoup de combats. On se rappelle qu’à Genève, en décembre 2007, le peuple a refusé deux initiatives fiscales, dont une demandait «la suppression des cadeaux fiscaux aux profits des très hauts revenus». Pourquoi cet échec? Parce qu’en général, la gauche tire au canon sur les riches et bombarde au passage la classe moyenne. Donc une part importante des électeurs. Cette initiative de 2007, qui s’en prenait aux «hauts revenus», déployait déjà ses effets à partir d’un revenu imposable de… 100 000 fr. On était loin du nabab.

L’initiative socialiste soumise au vote en novembre est nettement plus modérée. Elle demande un taux d’imposition minimum de 22% pour une personne ayant un revenu imposable supérieur à 250 000 fr. Elle réclame en outre un taux d’imposition minimum de 5 pour mille pour un contribuable dont la fortune dépasse les deux millions de francs.

Il suffit de regarder le graphique de la Suisse figurant dans la brochure officielle des votations pour comprendre que l’initiative ne révolutionne rien. Elle n’aura aucune incidence en Suisse romande, ni dans les grands centres urbains que sont Zurich, Bâle ou Berne. Pour la raison bien simple que ces barèmes minimaux pour les riches sont déjà appliqués. En revanche, les petits cantons sont touchés de plein fouet. Et c’est le but. Ils se sont livrés à une sous-enchère fiscale effrénée pour attirer les gros contribuables. On a vu Schwytz et Zoug siphonner les millionnaires de Zurich et Bâle alors que ces derniers doivent financer d’importantes institutions culturelles et sociales qui profitent à tous.

L’initiative pourrait donc créer la surprise. Car elle respecte un principe traditionnel: il faut traire les riches sans les ruiner. Pour le bien de tous.

08:20 Publié dans politique suisse | Tags : impôts, riches, fisc, initiative | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

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