17/09/2010

Conseil fédéral: pour une élection populaire

Il n’y aura pas de débat contradictoire entre les poids lourds qui visent les deux sièges à prendre au Conseil fédéral le 22 septembre. Les deux candidates socialistes, Simonetta Sommaruga et Jacqueline Fehr, ont annoncé à la surprise générale qu’elles ne participeraient pas ce soir à Arena, l’émission politique incontournable de la TV suisse alémanique. Les deux candidats radicaux, Karin Keller-Sutter et Johann Schneider-Amman, tiendront donc seuls le crachoir, ce qui enlève tout intérêt à l’émission.

Pour le grand public, qui aime bien jauger ses futurs gouvernants, c’est décevant et incompréhensible. Pour les principales intéressées, c’est une option tactique dictée par le mode d’élection. Les deux socialistes estiment s’être suffisamment exprimées en public et elles veulent maintenant se consacrer totalement à ceux qui tiennent réellement leur destin entre leurs mains, à savoir les 246 membres de l’Assemblée fédérale. Ce qu’elles ne disent pas, c’est qu’elles veulent surtout éviter d’être prises en porte-à-faux à l’écran.


Elles auraient dû en effet à la fois assumer pleinement leur étiquette socialiste, pour ne pas passer pour des traîtresses aux yeux de leurs électeurs de gauche, et en même temps apparaître centristes au possible pour ne pas indisposer les grands électeurs du Parlement, à majorité de droite.

Cette défection, anecdotique en soi, révèle bien cependant une chose: le système d’élection au Conseil fédéral est bien en train de craquer. Avant, tout était relativement simple. Les membres de l’Assemblée fédérale faisaient leur petite cuisine interne et élisaient les sept marmitons en chef à l’écart de la populace. Cela a bien fonctionné jusqu’à ce que les médias, et le public derrière eux, exigent d’en savoir plus sur les Sages censés nous gouverner. D’où les multiples interviews dans les journaux. Le Parlement lui-même a évolué en faisant des auditions pour soupeser les candidats et surtout donner une chance à ceux qui ne seraient pas issus du sérail.

Le problème, c’est qu’on se trouve désormais dans un système hybride (public-secret) qui craque à chaque élection. Et les règles non écrites changent à chaque fois. Les groupes font des auditions à bien plaire des candidats ou, pire, virent un conseiller fédéral et installent son successeur sans le connaître. L’arbitraire règne également sur la répartition des sièges au Conseil fédéral, où l’UDC et les Verts sont clairement sous-représentés.

On peut rétorquer que l’Assemblée étant souveraine, elle peut élire qui elle veut, comme elle veut. Cependant, ses choix sont de moins en moins lisibles. Et si le Conseil fédéral ne représente pas les principales forces du pays, autant faire avaliser ce déséquilibre par l’instance démocratique suprême dans le système suisse: le peuple. Les communes et les cantons l’ont compris depuis longtemps, eux qui élisent leurs gouvernants au suffrage direct.

Le principal obstacle à une élection populaire du Conseil fédéral tient au respect des minorités linguistiques. Un écueil réel mais qui n’est pas insurmontable. Il l’est d’autant moins que la partitocratie et l’opacité bernoises minent le système actuel.

04:40 Publié dans politique suisse | Tags : conseil fédéral, élection, peuple, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

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