03/09/2010

Les privés font la nique aux pouvoirs publics

Un vilain doute s’est installé à la lumière de plusieurs affaires. Pour la clarté du propos, je n’en retiendrai que trois: le scandale UBS, les réserves volantes des caisses maladie et le procès fantôme BCGe. Dans ces trois cas, on a la sérieuse impression que les privés (entreprises ou particuliers) dansent sur le ventre des pouvoirs publics.

L’affaire UBS est emblématique de la puissance d’une entreprise privée sur les institutions publiques. Ces dernières n’ont pas les moyens financiers ni les effectifs pour contrôler un géant bancaire de cette taille. Résultat? Ni la Commission fédérale des banques, ni la Finma n’ont vu passer le puck. Et, fait stupéfiant, quand l’incendie a pris dans la Maison UBS, c’est le Conseil fédéral qui a dû jouer les pompiers pour cette entreprise quitte à tordre la loi… au nom de l’intérêt général. Le «too big to fail» est du coup définitivement entré dans les mœurs helvétiques après un galop d’essai avec Swissair. Et cette fois-ci avec l’argent de la BNS. En a-t-on au moins tiré les leçons?


Il est permis d’en douter. Les coupe-feux puissants qui permettront d’éviter une nouvelle catastrophe ne sont toujours pas installés. UBS est repartie comme de plus belle, bonus compris, et elle a désormais l’assurance que l’Etat viendra la sauver si les choses tournent à nouveau mal. Les ex-dirigeants fautifs, eux, ne risquent rien.

Du côté des assurances maladies, on retrouve la même faiblesse de l’Etat. La Confédération se considère plus comme un arbitre que comme le chef suprême du secteur de la santé. Les assurances exploitent parfaitement cette situation. Elles ont d’ailleurs leurs élus rémunérés dans l’Assemblée fédérale et bloquent habilement tout changement contraire à leurs intérêts. Dernier épisode en date: l’affaire des réserves. Deux caisses transfèrent massivement l’argent des réserves genevoises vers les cantons alémaniques. Solidarité? Cela ne tient pas la route quand on sait qu’il n’y a pas de barème unique pour les primes d’assurance. Les Genevois paient donc pour les autres au grand dam des autorités cantonales qui crient au scandale alors que Berne ne bouge pas.

Après les assurances, on peut aussi féliciter les avocats des accusés dans l’affaire BCGe, qui a coûté plus de 2 milliards à l’État de Genève. Quelle maestria pour multiplier les recours, retarder le procès d’une affaire vieille de 10 ans et réussir l’exploit d’arriver à rendre caducs pour cause de prescription certains chefs d’accusation. En face, un procureur peu empressé et gaffeur, un Parquet anémique qui n’est pas de taille à lutter avec les privés en robe noire. La France redoutait un temps la République des juges. Genève n’a pas ce problème. Elle a davantage à craindre de la République des avocats.

06:45 Publié dans Etat | Tags : pouvoir, public, privé, ubs, bcge, avocat | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

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