20/08/2010

Conseil fédéral: les femmes écrasent la concurrence

Le Conseil fédéral séduit les femmes. Elles sont nombreuses à se bousculer pour occuper un des deux sièges que libéreront (enfin) le socialiste Moritz Leuenberger et le radical Hans-Rudolf Merz. Hier, deux candidates sont encore sorties du bois: la socialiste Hildegard Fässler et la radicale Karin Keller-Sutter. Deux poids lourds de la politique suisse qui illustrent la détermination des femmes à accomplir leur longue marche vers le pouvoir, qui se traduira sans doute le 22 septembre par un Conseil fédéral à majorité féminine.

Qu’il est loin le temps où la charmante mais superficielle Christiane Langenberger faisait course perdue au Conseil fédéral. Une candidature alibi qui ne gênait personne et surtout pas les hommes comme Pascal Couchepin.


Aujourd’hui, les femmes ne font plus de la figuration dans cette élection au sommet. Elles jouent les premiers rôles et leurs compétences sont reconnues. La Bernoise Simonetta Sommaruga, fer de lance des consommateurs, n’a pas hésité à afficher ses ambitions très tôt, quitte à s’exposer plus vite que ses concurrentes. Elle ne craint pas la polémique, elle qui a secoué son parti avec son manifeste socio-libéral du Gurten. Plus marquée à gauche, Hildegard Fässler s’est fait remarquer par sa connaissance des dossiers, un discours pragmatique, voire un bon sens terrien dans un parti souvent peuplé d’idéologues. Quant à la radicale Karin Keller-Sutter, elle jouit d’une large expérience à l’Exécutif du canton de Saint-Gall, parle parfaitement le français et se profile depuis des années sur la scène fédérale comme la dame de fer sur les questions d’asile ou de police.

Ce qui frappe dans ces candidatures féminines, c’est leur qualité. Elles écrasent la concurrence masculine au point que certains apparaissent comme des hommes… alibis. Que viennent faire dans la course le gentil mais peu consistant Ruedi Noser ou le «nobody» tessinois Ignazio Cassis? Le seul réel danger pour les femmes est incarné par l’industriel bernois Johann Schneider-Ammann. Ce vieux crocodile, blanchi sous la coupole, connaît les 246 membres de l’Assemblée fédérale. Et il pourrait, grâce à son profil d’entrepreneur social, griller la politesse à Karin Keller-Sutter, même s’il a autant de charisme qu’un… Didier Burkhalter. Oui, le fade Neuchâtelois qui siège actuellement au Conseil fédéral.

Le 22 septembre, selon toute vraisemblance, une femme socialiste sera élue et le Conseil fédéral portera pour la première fois majoritairement la jupe. Mais le calme politique ne reviendra pas pour autant. Car la bataille des sexes n’est rien à côté de celle que se livrent les partis pour la répartition des sièges à l’Exécutif. Et là, rien ne va plus. L’instabilité règne depuis l’éviction de la conseillère fédérale PDC Ruth Metzler. Elle s’est aggravée par le limogeage du conseiller fédéral UDC Christoph Blocher.

Désormais deux partis sont clairement sous-représentés au gouvernement: l’UDC et les Verts. Deux autres partis sont surreprésentés: les radicaux et le parti bourgeois démocratique. L’Assemblée fédérale peut continuer le 22 septembre à maintenir ce déséquilibre, mais elle doit aussi accepter d’en payer le prix. Il se traduit par des conseillers fédéraux toujours plus fragilisés car ils ne jouissent pas d’une assise politique solide à l’image d’Eveline Widmer-Schlumpf. En fait, la question de la répartition du pouvoir va se reposer avec encore plus d’acuité dans un an, une fois que les citoyens suisses auront rebrassé les cartes lors des élections fédérales.

05:57 Publié dans politique suisse | Tags : conseil, fédéral, femmes, politique, pouvoir | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

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