18/06/2010

Affaire Kadhafi: mais ils sont fous ces Helvètes!

Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye, est rentré au pays. Désormais, plus de retenue, c’est feu à volonté. Les règlements de comptes politiques en Suisse ont commencé. Pourquoi? Parce que l’affaire Kadhafi se termine par une facture salée. Et là on ne parle pas seulement de la caution de 1,5 million d’euros versée sur un compte bloqué par le Conseil fédéral. Pour amadouer la Libye, notre pays a dû faire des excuses multiples et variées, accepter la tenue d’un tribunal arbitral qui passera à la loupe le travail de la justice et de la police genevoise et le plus grave, avoir dû céder à un pays étranger qui retenait en otage des citoyens suisses.

Il faut donc trouver des coupables pour cette pénible affaire. Et les boucs émissaires ne manquent pas ces temps-ci.


Un jour, c’est Merz qui est crucifié une seconde fois pour son voyage infructueux à Tripoli, un autre jour c’est la Tribune pour la publication des photos d’Hannibal, ensuite c’est Calmy-Rey qui a pris l’affaire trop à la légère au début, enfin c’est le gouvernement genevois qui n’a pas envoyé de carte de Noël aux otages… Les prochains coupables sont connus: la police et la justice genevoises responsables de n’avoir pas pris de gants pour arrêter Hannibal.

Sous sa tente, le clan Kadhafi doit bien s’amuser en sirotant son thé à la menthe. Voilà une bien curieuse tribu suisse qui, confrontée à un adversaire coriace, se paie le luxe de se déchirer pareillement. Ils sont fous ces Helvètes!

Et c’est bien le plus dérangeant dans cette affaire. Alors que nous sommes en train de nous jeter à la figure des fautes réelles ou supposées, on en arrive à un extraordinaire retournement de la situation. L’agresseur libyen est soudain devenu une victime qu’il faut dédommager, et les institutions suisses (police, justice, gouvernements, presse, etc.) se retrouvent sur le banc des accusés.

On en tirera deux leçons plutôt amères. La première, c’est que la prise d’otages de citoyens suisses pour régler un différend est payante. La seconde, qui est au cœur de l’affaire, c’est qu’il vaut mieux ne pas toucher à un fils à papa d’une dictature si l’on ne veut pas avoir d’ennuis.

La gentille démocratie suisse vient de prendre une leçon de réalisme politique assez brutale. Elle, qui a l’habitude d’arbitrer des conflits internationaux, s’est trouvée assez démunie lorsqu’elle-même a été prise à partie par un Etat qui kidnappe ses citoyens. Il lui a fallu du temps avant d’oser hausser le ton en refusant les visas Schengen à l’élite libyenne.

Comme le soulignait récemment Peter Maurer, le bras droit de Calmy-Rey, les Etats défendent certes des valeurs mais surtout leurs intérêts. Voilà pourquoi l’Union européenne fait une cour effrénée à une Libye riche en pétrole, voilà pourquoi Kadhafi a un pouvoir de nuisance aussi grand.

Est-ce à dire qu’il faut se coucher devant les dictatures pétrolières? Non. Mais il faut être prêt à recevoir et à donner des coups. La prochaine bataille qui attend la Suisse maintenant, c’est le tribunal arbitral à Berlin. Au lieu de se quereller, Berne et Genève feraient donc mieux de resserrer les rangs et faire front face à leur adversaire commun.

09:56 Publié dans politique suisse | Tags : kadhafi, göldi, conseil fédéral, démocratie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

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