14/05/2010

Sexus politicus: être gay n’est plus un tabou

A Genève, quels sont les dirigeants politiques de la Ville et du canton qui sont gay? Je vois déjà des gouttes de sueur qui perlent sur le front de certains élus et la bouche béante des milliers de lecteurs de cette chronique qui retiennent leur souffle. Les fameux noms vont être enfin révélés… Alors, il y a Monsieur X, Madame Y et Monsieur Z. A moins que ce ne soit le contraire.

Reprenons notre sérieux. Bien que tout le monde politico-médiatique soit au courant de l’orientation sexuelle de ses magistrats, il n’est pas question ici de la dévoiler contre le gré des personnes.


Un tel «outing» se justifie uniquement s’il y a un intérêt public impératif. Exemple: un magistrat gay qui nommerait son ami à la tête du secrétariat général de son département ne pourrait pas invoquer le respect de sa sphère privée. Pas plus qu’un magistrat hétérosexuel d’ailleurs.

Nous ne donnerons donc pas de noms mais nous allons poser la question de fond: pourquoi un tel tabou persiste-t-il à Genève? Si on regarde en Europe, on voit que les choses ont bougé. Cela fait des lustres que Paris et Berlin savent que leurs maires respectifs, Delanoë et Wowereit, sont gay. Cela n’a nui ni à leur élection ni à leur réélection. Même chose plus près de nous où la maire lesbienne de Zurich, Corinne Mauch, a été reconduite sans problème. Dans le canton de Berne, l’écolo gay Bernhard Pulver vient de faire un tabac aux dernières élections du Conseil d’Etat.

A Genève, dans les Exécutifs, la loi du silence règne. Et franchement, on peine de plus en plus à en comprendre la raison. C’est néfaste pour les personnes concernées, condamnées à mener une sorte de double vie, c’est mauvais pour la cause homosexuelle qui se prive de modèles responsables visibles et c’est dommageable pour la population qui ne perçoit pas l’évolution des mœurs en temps réel.

«Vous n’avez pas à vous intéresser à ce qui se passe dans la chambre à coucher d’un responsable politique. Ça ne regarde personne!» Voilà le type d’objection (idiote) qu’on entend encore. Soyons très clairs: en tant qu’électeur hétérosexuel (je fais mon coming out…), je ne demande pas à ce qu’un futur dirigeant politique détaille ses performances au lit et énumère le nombre de ses partenaires. Je m’intéresse juste à son orientation sexuelle comme je souhaite connaître son âge, sa formation, son métier, son état civil, ses hobbies, etc. Ces divers éléments ne vont pas jouer un rôle décisif dans mon vote (le programme politique prime), mais ils vont me permettre de mieux cerner la personnalité du candidat.

La loi du silence règne à Genève, mais une brèche s’est ouverte. Pour la première fois, un candidat à la mairie de la Ville, désigné officiellement par son parti, a reconnu publiquement qu’il était gay. Michel Chevrolet, puisque c’est de lui qu’il s’agit, l’a fait sobrement en réponse à une question d’un journaliste et il est ensuite passé à autre chose. C’est exactement ce qu’il faut faire.

Espérons que cet exemple fasse école. Et que l’hypocrisie et le mensonge par omission cessent. Il n’y a aucun problème à notre époque à être gay et à siéger au Conseil d’Etat ou au Conseil administratif.

18:04 Publié dans Air du temps | Tags : sexe, politique, gay, gouvernement | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

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