26/03/2010

Figaro à la police, un opéra tragicomique

Figaro ci, Figaro là, Bonfanti ci, Bonfanti là. La, la, la, la, voici les 100 jours d’Isabel Rochaaaaaat.

Chapeau les artistes de la police genevoise! Il fallait oser. Pour masquer un bilan de la sécurité 2009 assez calamiteux, rien de tel que d’allumer un joli contre-feu scénique pour distraire le public. Sous les roulements de l’orchestre, devant la foule médiatique ébahie, le duo féminin à la tête des forces de l’ordre a annoncé qu’il allait traquer à la baguette les délinquants du centre-ville. Nom de code de l’opération: Figaro.

Pourquoi retenons-nous nos applaudissements?


Parce que cela fait des années que la situation pourrit. Genève détient désormais le taux de criminalité le plus élevé de Suisse et les huiles de la police s’écorchent la bouche pour le reconnaître. Le sport favori, c’est de trouver des responsables… ailleurs. On nous a d’abord servi le sentiment subjectif d’insécurité, maintenant on dévide un chapelet d’arguments standard pour justifier les mauvais chiffres: le canton ville, la frontière, le manque de places de prison, la Genève internationale, le manque d’effectifs policiers et finalement… Schengen.

Monica Bonfanti, qui voulait ruer dans les brancards lors de son entrée en fonction, a été avalée par la structure étatique. Elle maîtrise désormais, plus ou moins bien, la langue de bois pour justifier les mauvais résultats et faire une pirouette quand on la met devant sa propre responsabilité.

Dans ces conditions, il faudrait un magistrat fort tenant de la ligne «Law and order» à la Giuliani pour faire bouger les choses. Isabel Rochat, qui succède au transparent Moutinot, joue imparfaitement ce rôle. D’abord elle est novice au Conseil d’Etat, ce qui n’aide pas. Ensuite, elle a commencé son mandat par une bourde en demandant la tête de son secrétaire général sans avoir aucune solution de rechange. Ce qui l’oblige aujourd’hui à des circonvolutions incompréhensibles pour justifier qu’elle le garde encore. Enfin, on ne voit toujours pas chez la libérale le charisme et la détermination qui font sentir aux policiers et à la population que les choses vont vraiment bouger.

Isabel Rochat va devoir passer la vitesse supérieure, sinon le sort de Micheline Spoerri lui semble promis. Ce serait un joli gâchis dont elle ne porterait pas seule la responsabilité. Nous l’avons déjà dit. Ce département difficile aurait dû être repris par Longchamp ou Hiler. Les deux magistrats sortants ont préféré rester au chaud dans leur bastion.

La conséquence, c’est que les partis populistes MCG et UDC tirent à vue sur le dossier de la sécurité. Le premier a déjà demandé la tête de Rochat. Du Grand Guignol, certes. Mais ces deux partis prospèrent sur les défaillances des formations gouvernementales en matière de sécurité. Et leur force va augmenter dans la mesure où ils sont en train de mettre en veilleuse leur guerre fratricide pour peser sur les prochaines élections. Seul Maudet semble l’avoir compris, lui qui resserre les boulons en matière de police municipale. Le tableau est-il trop noir? Alors chantons tous en chœur Figaro: Bonfanti ci, Bonfanti là. Nul doute que la musique va adoucir les mœurs des délinquants.

18:21 Publié dans Genève | Tags : police, sécurité, bonfanti, figaro | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

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